mercredi 27 juillet 2011

Les leçons d’un partenariat historique : City Year/Timberland




Timberland indique sur son site que depuis depuis plus de 20 ans les jeunes leaders de City Year l’ont inspiré par leur exemple de dévouement et d’engagement. Chaque année 1.500 membres de toutes origines de l’entreprise se réunissent pour un service à plein temps à travers les USA et l’Afrique du Sud. Timberland indique aider City Year à donner aux jeunes les moyens et les opportunités de changer le monde. Par le biais d’actions de solidarité, du mentoring et de la formation. Pour la firme, l’ONG est une source de motivation.

Pour James Austin, (en photo ci-dessus) Professor of Business Administration, Emeritus, à Harvard Business School, ce type d’alliances ne nécessite pas pourtant pas des plans stratégiques grandioses.

"La patience et la persévérance sont souvent suffisantes pour transformer un accord parti sur une petite base en une future alliance stratégique."
Le partenariat entre City Year et Timberland a ainsi débuté en 1989 lorsque City Year a demandé au chausseur cinquante paires de bottes pour son Service Corps. Ce programme, fondé en 1988 à Boston, propose à des jeunes de toutes origines ethniques, raciales et économiques de travailler en équipe sur des projets communautaires comme l’aide scolaire.

La relation entre les deux organisations ayant pris de l’ampleur au cours de la décennie suivante, Timberland est devenu un bailleur de fond majeur de l’ONG, en lui apportant environ 1 million de dollars en espèces et en dons en nature et en aidant l'organisation à étendre sa couverture au plan national. De son côté, City Year a aidé l’entreprise à développer une stratégie vers les services communautaires et à acquérir une solide culture d’engagement avec plus de vingt mille heures offertes par des employés en 1998.



James Austin considère ces alliances stratégiques comme le degré suprême de coopération, qui se distingue nettement de la philanthropie. Pour lui, les succès ou les échecs de l’association et de l’entreprise partenaire se nourrissent mutuellement et intimement. Dans le cas de City Year, l’implication du Président de Timberland s’est aussi révélé moteur.

De façon pédagogique, le chercheur distinguait dès le début des années 2000 les « 7 C », qui sont les clés du succès d’une collaboration stratégique.

  • Connection with purpose and people. Alliances are successful when key players connect personally and emotionally with each other and around their purpose for partnering.
  • Clarity of purpose. All partners to alliances must be clear about why they are entering into partnerships. NGOs and CBOs because of the nature of their social goodness can be lax in setting clear objectives and measurable outcomes that define the essence of their alliance. Be clear of purpose and intended results of collaboration.
  • Congruency of mission, strategy, and values. Partnering organisations need to be aware of these crucial components and to identify areas of alignment between their missions, strategies, and values. The closer the alignment, the greater potential that will exist for all parties to gain from the relationship. Total congruency is, however, not a realistic goal among partners, otherwise, why partner? What is sought is a good, comfortable fit between them.
  • Creation of value. Value goes far beyond money. Austin is talking about mobilising and combining multiple resources and capabilities to generate benefits for all partners and social value for society.
  • Communication between partners. Good communication is essential to building trust, and trust is the intangible glue that holds coalitions together.
  • Continual learning. Partnerships need to be dynamic opportunities for personal and institutional growth and development at all levels of interaction.
  • Commitment to the partnership. A strategic alliance should be seen as a deep relationship, not a one-time affair. Partners need to be committed to a long and sustainable relationship with mutual expectations and accountability.
Depuis sa création, City Year, qui bénéficie du soutien d’Americorps, a acquis une solide culture du monde des entreprises. Elle dispose outre Timberland, de mécènes de premier plan, les «National Leadership Sponsors », comme Aramark (catering, restauration), Bank of America, Cisco Foundation, Comcast, CSX (transport), Deloitte, Pepsi et T-Mobile USA.

Au 30 juin 2010, sur 12 mois, City Year a enregistré des revenus à hauteur de 68 millions de dollars (contre 63M$ en 2008/2009 et 59 M$,en 2007/2008). Au 30 juin 2010, la part dans le budget des entreprises engagées dans le National and Community Service a représenté 22,4 millions.de dollars, contre 17,6 et 18 M$ au cours des années précédentes.



Pour aller plus loin :

Austin, J. E. The Collaboration Challenge: How Nonprofits and Business Succeed through Strategic Alliances. San Francisco, Calif.: Jossey-Bass, 2000.

Biographie du chercheur : http://drfd.hbs.edu/fit/public/facultyInfo.do?facInfo=ovr&facId=6413

Il est aussi à l’origine de la Chaire d’HBS Social Enterprise Initiative.
http://www.hbs.edu/socialenterprise/mission-and-impact/

www.cityyear.org

http://www.timberland.fr/

La société Aramark dispose d’une excellente réputation selon divers classements :
http://www.aramark.com/

Trois reportages sur des actions de solidarité menées par des salariés
03.06.2009
http://ong-entreprise.blogspot.com/2009/06/trois-reportages-sur-des-actions-de_4981.html

55 marques éthiques ou naturelles présentes sur Facebook
08.04.2011
http://ong-entreprise.blogspot.com/2011/04/55-marques-ethiques-ou-naturelles.html



Le Professeur Austin sur un sujet voisin

mardi 19 juillet 2011

1970- 2006 : L’investissement socialement responsable (ISR) se structure











Ce post est le second d’une chronologie des origines de l’investissement socialement responsable (ISR), une nouvelle vision de gérer les actifs à laquelle les communautés, les ONG et les syndicats ont largement participé. Le premier volet part du XVIIIème siècle pour s’achever au milieu des années 70.


• 1973 : création de l'Anaf (Association nationale des actionnaires de France).

• 1976 : Année de l’adoption initiale des Principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales dans le cadre de la Déclaration sur l’investissement international et les entreprises multinationales.

• 28 mars 1979 : Three Mile Island

• En 1980, après la résolution de l’ONU qui demandait aux gouvernements de suspendre crédits et investissements en Afrique du Sud, de nombreux Etats, de comtés et de municipalités poussèrent les fonds de retraite à céder les titres d’entreprises qui ne respectaient pas certains critères, comme l’égalité des salaires, l’accession des Noirs aux postes d’encadrement, et l’amélioration de leurs conditions de vie… Ainsi, par exemple, le fond de retraite de l’Etat de Californie exigea de Xerox qu’il cessa ses relations commerciales avec la police sud africaine. L’entreprise américaine finit par se retirer d’Afrique du Sud.

• Le début des années 80 voit l’apparition de différentes OPCVM, mettant en oeuvre à la fois un filtre positif et négatif à leurs sélections. Comme le Dreyfus Third Century, le Calvert Social Investment Fund Balanced Portfolio et le Parnassus Fund. Le screening reprenait les préoccupations des Methodists (armes, alcool, tabac et jeux), mais également des sujets plus modernes comme l’énergie nucléaire, la pollution et de traitement des salariés.



• En 1981, Joan Bavaria et Don Falvey fondent le Social Investment Forum, association regroupant les principaux acteurs de cette nouvelle industrie financière. En 1982, Trillium Asset Management (ancien nom Franklin Research & Development Corporation of Boston) devint la première société de gestion exclusivement orientée sur l’investissement socialement responsable. Joan Bavaria allait diriger cette société pendant 25 ans. L’élection de Ronald Reagan en 1982 a pu selon certains observateurs constituer un frein à l’essor de l’ISR.

En 1983, le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD) lance avec le Crédit Coopératif, le premier fonds commun de placement de partage Faim et développement. Une partie des revenus de cette OPCVM est dédiée à la création d'entreprises dans le tiers-monde.

• A la même époque, la Société Meeschaert Asset Management créait le premier fonds commun de placement éthique Nouvelle stratégie 50, à l'instigation de Sœur Nicole Reille. Son objet était de proposer aux investisseurs, particuliers ou institutionnels, des placements boursiers «respectueux de la place de l'homme». Les indicateurs retenus sont conformes aux valeurs défendues par l’association Éthique et Investissement », présidée par Sœur Nicole Reille.

• 1983 : création d’Eiris (Ethical Investment Research Services) à Londres par des religieux et des œuvres charitables, une structure devenue ensuite leader dans la notation extra-financière.

• 1984, L’écrivain Robert Levering et Milton Moskowitz, publient le “The 100 Best Companies to Work for in America”. Il fonde en 1990 the Great Place to Work® Institute avec Amy Lyman, Ph.D. Bien reconnu aux Etats-Unis, le mouvement The Great Place to Work® développe des filiales au Brésil en 1995 et en Corée en 1996.

• 1984 : Publication de l’ouvrage “Strategic management: a stakeholder approach” de R. Edward Freeman

• 3 décembre 1984 : explosion de l’usine Union Carbide à Bhopal (Inde)

• Le fonds Pax traversa l’Atlantique avec le soutien de l’Église Méthodiste pour donner naissance au premier fonds éthique anglais en 1984, géré par une compagnie d’assurance sous le nom de «The Friends Provident Stewardship Trust». A la City, ce fond fut affublé du mot péjoratif de “Brazil fund”, car son concept était considéré comme cinglé. Au Canada, le premier fonds de cette famille apparaît en 1986.

• 1988 : fondation de la Société financière de la Nef, coopérative de finances solidaires. Elle exerce une double activité de collecte d’épargne et d'octroi de crédit dans le cadre d’un agrément de la Banque de France. Elle compte 26.000 sociétaires.

• 23 mars 1989 : catastrophe de l’Exxon Valdez

Joan Bavaria Tribute from Ceres on Vimeo.



• En 1989, Joan Bavaria et le Social Investment Forum cofondent Ceres, (ex-Coalition for Environmentally Responsible Economies) et publient les “Valdez Principles” (désormais appelés the Ceres Principles) pour le leadership du reporting environnemental des entreprises.

Ceres 20th Anniversary Film from Ceres on Vimeo.



• 1990 : Amy Domini, co-fondatrice de l’agence de notation KLD, est à l’origine du lancement du premier index social, le Domini 400 Social Index (DSI). Il est composé de 400 valeurs de grandes firmes sélectionnées sur la base de leurs performances sociales, environnementales et éthiques.

• Création de l’association de défense des actionnaires minoritaires (ADAM)



• Juin 1992 : Sommet de la Terre à Rio.

• 1993 - Création de BMJ Ratings par Pascal Bello

• 1995 : création de Finansol, une association professionnelle qui développe la solidarité dans l’épargne et la finance pour générer la cohésion sociale.

World Forum Lille - L’argent solidaire : épargner aussi pour les autres ? from World Forum Lille - Réseau Alli on Vimeo.



• 1995 : Création d’Innovest Strategic Value Advisors (identifier les sources non traditionnelles de risque et le potentiel de valeur ajoutée pour les investisseurs, agence de notation extra-financière et de conseil en investissement).

• Création de l’agence Proxinvest, détenue majoritairement par Pierre-Henri Leroy. Selon ses propres termes, Proxinvest est la première agence française d'analyse de gouvernance et de politique de vote.

• Créée en juillet 1997, ARESE est la première agence française de rating social et environnemental sur les entreprises européennes. Les activités de cette agence pionnière sont reprises par Vigeo en 2002, sous la direction de Nicole Notat, ex-Secrétaire Générale de la CFDT. Cette transition a fait l’objet d’un « coup de tonnerre » dans la profession selon Eric Loiselet.

• Le révérend Sullivan laissa son nom aux principes Sullivan (Global Sullivan Principles of Social Responsibility), rédigés en 1997, qui ont inspiré la rédaction et l’adoption de codes de bonne conduite des entreprises concernant le respect des droits de l’homme dans le monde entier.

• 1998 : Adoption de la Déclaration de l'OIT relative aux principes et droits fondamentaux au travail. Elle exprime l'engagement des gouvernements, des organisations d'employeurs et des organisations de travailleurs de promouvoir les valeurs humaines fondamentales - valeurs qui sont de première importance pour notre vie économique et sociale. http://www.ilo.org/declaration/thedeclaration/lang--fr/index.htm

• En 1997, le professeur de stratégie C.K. Prahalad rencontre un de ses homologues, Stuart L. Hart, avec qui il partage les mêmes préoccupations. Ils rédigent un article : « The strategies for the Bottom Of the Pyramid » qu’aucun média ne veut publier. Cet article circule alors librement sur internet et connait un franc succès. La machine BOP est lancée. En 1998, cet article est publié par la Harvard Business Review (HBR).

• Créée en 1998, la société Good Bankers est un cabinet de conseil spécialisé dans la recherche sur l’investissement social au Japon. Elle est à l’origine du lancement de Nikko Eco Fund le 20 août 1999. Sa fondatrice, Mizue Tsukushi, a reçu le Prix “Women of the year 2000". Cette initiative est concomitante de la promotion des achats éco-responsables, notamment par le biais de la « Green Purchasing Law» (loi sur les achats éco-responsables) a déclenché une dynamique bientôt suivie par tous les acteurs du marché.

• 1999 : création de PhiTrust Active Investors, société de gestion française agréée par l’AMF). Elle développe historiquement des stratégies d'engagement actionnarial visant à améliorer la gouvernance des entreprises cotées et à promouvoir des investissements conciliant performance financière, bonne gouvernance, respect de l'environnement et cohésion sociale.

• Le 30 avril 1999, les Sœurs Dominicaines de Sinsinawa (un ordre religieux présent aux Etats-Unis, en Bolivie, au Guatemala et à Trinidad) ont utilisé un petit bloc de 100 actions pour contraindre l’Occidental Petroleum Corporation (OXY) à revoir sa politique d’exploration. La compagnie s’apprêtait à forer en Colombie sur le territoire sacré des Indiens U’wa. Les U'wa pensent que le pétrole est le sang de la terre; l'extraire est donc équivalent à un matricide. Les 5.000 membres de cette tribu avaient même fait le serment de sauter d’une falaise si le forage était lancé.

• 1999 : Michael E. Porter publie un article avec Mark Kramer dans la Harvard Business Review: “Philanthropy's New Agenda: Creating Value”. L’inventeur du concept de chaîne de création de valeur considère que la création d’avantages sociaux et environnementaux (salaries formés et en bonne santé, gouvernement stable et transparent, accès durable aux ressources naturelles, etc.) contribuent à la compétitivité de l’entreprise sur le long terme. Il est à l’origine avec Mark Kramer de la création d’une organisation non lucrative, la Foundation Strategy Group (FSG), qui est basée aux Etats-Unis et à Genève. Selon son site Internet (www.fsg-impact.org), la FSG indique qu’elle travaille avec les fondations, les entreprises, les gouvernements et les ONG pour accélérer le progrès social.



• 12 décembre 1999 : L’Erika, un pétrolier battant pavillon maltais, un pavillon de complaisance, construit en 1975 et affrété par la société Total-Fina-Elf fait naufrage au large de la Bretagne.









• Le Pacte mondial a été évoqué en janvier 1999 lors du sommet de Davos par le Secrétaire général de l’ONU Kofi Annan.



• Janvier 2000 : Jantzi Research lance le Jantzi Social Index®, en partenariat avec Dow Jones Indexes. Jantzi Research a depuis fusionné avec Sustainalytics en septembre 2009.

• Septembre 2000 : Déclaration du Millénaire à New York. Assurer la dignité humaine et un environnement durable. Cette déclaration est suivie par l'adoption de huit « Objectifs du Millénaire pour le développement » (OMD) à atteindre en 2015.

• Le FCP « Ethique et Partage - CCFD » a été créé en 2000 par Meeschaert Asset Management qui en est le gestionnaire et le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD-Terre Solidaire). Il a reçu le label ISR du Centre de recherche Novethic en 2009. La sélection des entreprises exclut toute société dont l’activité est liée au tabac, à l'alcool, à la pornographie, à l'armement, aux jeux d’argent et aux OGM, ainsi que celles pratiquant le travail des enfants ou la discrimination raciale.

• Juin 2000 : Création de l’association loi 1901, l'ORSE (Observatoire sur la Responsabilité Sociétale des Entreprises). Depuis lors, une centaine de grandes entreprises, de sociétés de gestion de portefeuille, d’organisations syndicales, d’ONG, d’institutions de prévoyance et de mutuelles a rejoint l’ORSE. Elles disposent ainsi d’une veille permanente sur les questions qui touchent à la responsabilité sociale et environnementale des entreprises, à l’investissement socialement responsable et au développement durable.

• Juillet 2000 : Le Pacte mondial, ou Global Compact en anglais, a été constitué à la suite d'un appel par le Secrétaire général Kofi Annan le 26 juillet 2000. Cette initiative internationale vise à créer un réseau rassemblant de grandes entreprises, les organismes des Nations-Unies, le monde du travail et la société civile afin de promouvoir dix principes dans les domaines de l’environnement, des droits de l’homme, des droits du travail et de la lutte contre la corruption. Les organismes (entreprises, associations, collectivités locales, etc.) qui adhèrent au Pacte Mondial s'engagent à progresser chaque année dans au moins un de ces 10 principes et à communiquer annuellement sur leurs progrès auprès des Nations Unies. Cette initiative comprend actuellement 8.000 membres, dont 5.300 entreprises dans 130 pays.

• Le Forum pour l'Investissement Responsable (FIR) a été créé en 2001 à l'initiative de gestionnaires de fonds, de spécialistes de l'analyse sociale et environnementale, de consultants, de syndicalistes, d'universitaires et de citoyens. Depuis, ils ont été rejoints par des investisseurs. Le FIR est partie prenante et membre fondateur d’Eurosif.

• 2001 : création de Novethic par la Caisse des Dépôts.


Février ISR présente un média dédié à l'ISR par FEVRIER_TV

• 2001 : Lancement des FTSE4Good Indices, dont la sélection s’appuie sur le travail de recherche des équipes d’EIRIS.

• Mai 2001 : la loi sur les nouvelles régulations économiques (NRE) est adoptée. Elle prévoit notamment dans son article 225-102 que les entreprises cotées communiquent via un reporting sur les conséquences sociales et environnementales de leurs activités, dans le cadre de leur responsabilité sociétale.

• Novembre 2001 : Créé à l’initiative de cinq Forums européens pour l’investissement responsable, les «SIF» français, germanophone, italien, hollandais et britannique, avec le soutien de la Commission Européenne, l’Eurosif, Forum Européen pour l’Investissement Responsable et Durable, est un réseau européen de promotion et de développement de l’investissement socialement responsable (ISR).

• 2 décembre 2001 : faillite d’Enron, suivi par le scandale Worldcom à l’été 2002. Vivendi Universal est contrainte de passer des provisions massives en mars 2002.

• En 2002, en association avec d’autres mouvements, Trillium Asset Management pousse BP à se retirer du groupe de lobbying Arctic Power, qui souhaitait ouvrir une exploitation dans une réserve nationale de conservation de la vie sauvage.

• Créé en janvier 2002 dans la foulée de la loi Fabius sur l’épargne salariale par la CFDT, la CFTC, la CGC et la CGT le Comité Intersyndical de l'Epargne Salariale (CIES) avait vocation à donner un moyen d'influence aux syndicats dans le champ de la finance. L'objectif du CIES est simple : accorder un label, limité dans le temps, à des offres de produits de gestion de fonds d'épargne salariale - et non aux sociétés de gestion elles-mêmes - qui répondent aux exigences d'un cahier des charges. La gestion doit prendre en compte des considérations sociales et environnementales, et les informations utilisées pour ce faire doivent être d'origines diverses.
Pierre-Yves Chanu, Membre CGT du CIES, au colloque Novethic 2010 - Ma-Tvideo France2
Interview de Pierre-Yves Chanu, Membre CGT du Comité Intersyndical de l'Epargne Salariale, au colloque Novethic 2010
Mots-clés : novethic isr esg cies cgt


• Juillet 2002 : La loi Sarbanes-Oxley (ou SOX) impose à toutes les entreprises cotées aux Etats-Unis de présenter à la Commission américaine des opérations de bourse (SEC) des comptes certifiés personnellement par leur dirigeant. Cette loi concerne aussi les 1.300 groupes européens ayant des intérêts aux États-Unis. Face au durcissement de la réglementation, de nombreuses firmes étrangères se font délistée, comme Daimler en 2010, qui était présente à Wall Street depuis 1993.



• Création en 2003 d’un panel des parties prenantes chez Lafarge, avec notamment Karina Litvack (F&C Asset Management).

• Janvier 2003 : Jon Entine critique l’ISR et l’implication des ONG ; « Capitalism’s Trojan Horse: Social Investment and Anti-Free Market NGOs

• Mars 2003 : Sous l'égide de la Commission Européenne, le premier palmarès des "100 Best Workplaces en Europe" a été présenté à Bruxelles et a constitué un événement remarqué. Trois prix spéciaux ont été accordés aux entreprises ayant des pratiques particulièrement innovantes dans les domaines de la Formation Continue, de l'Egalité des Sexes, et de la non-discrimination.

• 4 juin 2003 : lancement des Principes de l’Equateur (The Equator Principles, EPs), qui concernent les établissements financiers. Les 10 premiers signataires volontaires sont ABN AMRO Bank, N.V., Barclays plc, Citi, Crédit Lyonnais, Credit Suisse First Boston, HVB Group, Rabobank Group, The Royal Bank of Scotland, WestLB AG et la Westpac Banking Corporation.



• Le premier index éthique japonais est lancé par MorningStar Japon au mois de juillet 2003. La prise en compte de l'ISR par les opérateurs financiers de la place de Tokyo aurait été freinée selon Novethic par les stigmates laissés par le long crack boursier des années 1990.

• Fin 2003 : scandale Parmalat (Italie) http://www.france24.com/en/20081218-parmalat-ex-boss-gets-10-years-european-enron-

• En 2004, le gouvernement grec reconnait qu’il avait divisé par deux son déficit public depuis 2000. Implicitement, c’était admettre que la Grèce avait adhéré sur la base de chiffres frauduleux. Cités par Libération, Eurostat et la Commission plaident non coupables : «Les statistiques sont une responsabilité nationale», a souligné Joaquin Almunia, Eurostat n'ayant aucun droit d'enquête sur place. Au demeurant, rappelle le commissaire, l'Office «a constamment soulevé des interrogations sur la qualité des statistiques grecques».

• Création du fonds « Performance Environnement » en août 2004, premier fonds français exclusivement dédié à la protection de l’environnement par la Financière de Champlain (ex HERA Finance).

• 2004 : Vigeo s’implante au Maroc


• Octobre 2004 : publication d’un rapport par Natural Capital Institute, qui considère que la gestion ISR a échoué et comment changer les choses. http://www.naturalcapital.org/index.htm

• 2005 : Le lancement de « The Global 100 Most Sustainable Corporations in the World » est annoncé lors du World Economic Forum à Davos. Il s’agit d’un projet initié par Corporate Knights.

• 2005 : le secrétaire général aux Nations Unies lance le processus des Principles for Responsible Investment (PRI), auxquels adhèrent 20 investisseurs institutionnels provenant de 12 pays. D’avril 2005 à janvier 2006, de nombreux débats vont donner lieu aux PRI sous le coordination de la United Nations Environment Programme Finance Initiative et du Global Compact. En avril 2011, plus de 850 sociétés d’investissement sont devenus signataires, gérant environ 25 trilliards de dollars. www.unpri.org/signatories.


• En 2005, le Norwegian Government Petroleum Fund se désengage d’une quinzaine d’entreprises du secteur de l’armement en 2005, notamment en ce qui concerne les bombes à fragmentation et les armements nucléaires. Il considère que les armes à fragmentation violent les principes humanitaires fondamentaux et les principes de proportionnalité des moyens militaires employés et de la distinction entre les civils et les militaires. EADS et Thales sont en fait exclus par le biais de leur filiale commune, Thomson Dasa Armements, qui développe des armements à sous-munitions. Le fond s’est doté d’un Council on Ethics en novembre 2004.



German investments in cluster munitions (Deutsches Geld für Streubomben)


• Juillet 2005 : le Professeur John Ruggie est nommé au poste de Représentant spécial pour la question des droits de l’homme et des sociétés transnationales et autres entreprises. Le mandat porte sur l’identification et la clarification des normes relatives à la responsabilité sociale et à la transparence des entreprises au regard des droits de l’homme.

• 1er décembre 2005 : International Finance Corporation (IFC), qui est dans la mouvance de la Banque Mondiale, s’associe à Bovespa et la Getulio Vargas Foundation lancent le Bovespa Sustainability Index. L'IFC a pour mission de promouvoir des investissements privés durables qui réduiront la pauvreté et amélioreront les conditions de vie des populations.

• Mars 2006 : Unilever Indonésie publie une étude d'impact économique de ses activités, en partenariat avec Oxfam.

• Août 2006 : AREVA a sollicité auprès d'Innovest une seconde évaluation. Innovest a confirmé la note A attribuée lors du premier exercice d'évaluation, avec une tendance dite " positive " contre " stable " lors du précédent exercice. L'évaluation montre que le groupe a progressé sur les quatre axes (la gouvernance stratégique, l'environnement, le capital humain et les relations avec les parties prenantes), et particulièrement sur les relations avec les parties prenantes.

Pour aller plus loin :

1703-1976 : Les origines de l’ISR sont le fruit d’un long combat.
http://ong-entreprise.blogspot.com/2011/07/les-origines-de-lisr-sont-le-fruit-dun.html

Dix ans de présence des autochtones aux assemblées générales des multinationales
http://ong-entreprise.blogspot.com/search/label/Finance?updated-max=2010-02-19T17%3A55%3A00%2B01%3A00&max-results=20

Quelques lectures :

Sur l’éthique des affaires et les actionnaires minoritaires, voir ce qu’a écrit Jacques Cory « L’engagement actionnarial : principes, enjeux et limites ». Vanessa Serret. Maître de conférences, Université de Bretagne Sud.
Disponible sur http://www.lux-ias.lu/PDF/Serret.pdf.

Eric Loiselet, associé du cabinet Terra Nova Conseil et cofondateur du Forum pour l'investissement responsable
Investissement socialement responsable : l'âge de la diffusion .2003
http://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=LECO_018_0062

La Fondation pour la recherche stratégique. La stratégie d'investissement éthique du fond pétrolier norvégien et les entreprises d'armement. Cédric Paulin, chargé de recherche. (16 février 2006).
http://www.frstrategie.org/barreCompetences/DEFind/fond_norvegien.pdf



lundi 11 juillet 2011

Le biomimétisme : ne pas souiller son nid, optimiser plutôt que maximiser









Le livre de référence sur le biomimétisme de Janine M. Benyus (en pleine démonstration sur la photo ci-contre) vient enfin d'être traduit. Méthode innovante, le biomimétisme cherche des solutions soutenables en s’inspirant de concepts et de stratégies ayant fait leurs preuves dans la nature : gérer les mégalopoles comme une forêt primaire, colorer des immeubles comme les ailes du papillon sans pigment ni produits chimiques, etc.

L’édition originale de cet ouvrage a été publié en 1998 aux Etats-Unis sous le titre «
Biomimicry, Innovation Inspired by Nature ». Il aura donc fallu 13 ans pour attendre qu’un éditeur français s’en empare, sans doute en raison de la trop grande segmentation des disciplines scientifiques dans l’hexagone.

Janine M. Benyus est venue du Montana à Paris fin juin pour assurer la promotion de son livre et vanter les mérites d’une nouvelle approche révolutionnaire, susceptible de générer des innovations durables, le biomimétisme. Née en 1958, Janine est une scientifique américaine diplômée en sylviculture et en littérature. Méthode innovante, le biomimétisme cherche des solutions soutenables en s’inspirant de concepts et de stratégies ayant fait leurs preuves dans la nature : cultiver les aliments comme une prairie, filer les fibres comme une araignée, etc.

Léonard de Vinci recommandait déjà « d'aller prendre ses leçons dans la nature ». En 1903, l’avion des Frères Wright est né de l’observation des vautours (portance, trainée). En 1943, dans son manuel de survie, l’US Naval Institute publiait un ouvrage, « How to Survive on Land and Sea », recommandant à ses soldats projetés en milieu hostile d’observer ce que mangent les animaux, car ces ingrédients ne présentent en général pas de danger pour la santé.

Pour révéler les richesses de la nature, Janine M. Benyus a été amenée à conduire son enquête au croisement de nombreuses disciplines scientifiques. Ses travaux recouvrent la totalité des activités humaines comme l’agriculture, les matériaux (BTP, etc), l’énergie, l’informatique, le commerce et différentes thématiques : recyclage, économie d’énergie, efficacité, réduction de la pollution.

En se fondant sur sa connaissance du terrain, Janine joue aussi un rôle d’alerte. Il est urgent de prendre en compte les risques de perte de biodiversité, du recours à des produits nocifs, que la nature parvient très bien à se passer, mais aussi de la pression démographique, qui pousse au pillage irraisonné de ressources naturelles.
« Pour le biologiste Wes Jackson, la notion de « ressources » devient indécente. »
Depuis 3,8 millions d’années, la nature n’a cessé de s’adapter sans hypothéquer le futur et sans pétrole. Si 99% des espèces ont disparues, celles qui subsistent méritent le respect : elles peuvent fournir des pistes de succès non pas à exploiter, mais à imiter. Tous ces organismes sont des modèles de prospérité.

Les dix commandements du Peuple de Séquoia

- La nature fonctionne à l’énergie solaire. - Elle n’utilise que la quantité d’énergie dont elle a besoin. - Elle adapte la forme à la fonction. - Elle recycle tout. - Elle parie sur la diversité. - Elle valorise l’expertise locale. - Elle limite les excès de l’intérieur. - Elle utilise les limites en opportunités.

S’inscrivant dans la durabilité, les innovations apportées par le biomimétisme font souvent appel à une approche transversale, aussi bien dans l’observation de la nature que dans le design en entreprises. Mais, aussi d’éco-quartiers ou d’ensembles industriels, où plusieurs entreprises vont imaginer un écosystème (Kalundborg, Danemark).



C’est pourquoi de nombreux biologistes ont été embauchés ces dernières années pour faire bénéficier les entreprises innovantes de leur expérience.

Le livre permet aussi de mettre en évidence les avantages que retirent les entreprises pionnières, notamment en termes de brevets, mais aussi de réduction de coûts et d’anticipation de normes réglementaires (chimie). Si les marketers ont échoué à vanter certains produits naturels dans les années 70, les industriels peuvent sans doute aujourd’hui plus facilement en tirer un avantage en termes d’image, compte tenu de la montée des préoccupations environnementales.

Parmi les entreprises citées, 3M dans la réduction des toxines dans ses produits, ATT dans l’écologie industrielle, Black&Decker, Déjà Shoe qui fabrique des chaussures à partir de pneus usés.

De son côté, Canon invite ses clients à lui retourner ses cartouches d’encre vides de ses imprimantes et ses photocopieurs. La firme prend en charge les frais d’envoi et pour chaque l’envoi reverse un don de 5 dollars à la National Life Conservation ou à Nature Conservancy.

Pour Daniel Chivas, Lessons from Nature ; 1992
"Davantage d’entreprises admettent que les technologies qui créent de sous produits que la société ne peut pas absorber sont des technologies qui ont fondamentalement échoué ».
Le livre s’inscrit bien sûr dans une mouvance plus large comme The Natural Step (TNS) et Cradle to Cradle. http://ong-entreprise.blogspot.com/2009/07/natural-step-pose-les-bonnes-questions.html

Certains ouvrages peuvent avoir un impact insoupçonné, comme de fut le cas pour InterfaceFLOR, qui est basé à Atlanta. La lecture en 1994 par son fondateur Ray Anderson de deux livres, L'Écologie de marché, de Paul Hawken, et Ishmael de Daniel Quinn (1992), allait le pousser à faire de son groupe la première entreprise à démontrer au reste du monde le bien-fondé du développement durable. Dans la même veine, le WWF prône l’éco-conception. Un sujet qui figurait à l’agenda de son Université de rentrée 2010 sur la biodiversité.

Ce livre qui comprend notamment un très bel éloge de la prairie et de l’observation du mode alimentaire des singes (comment ils se soignent), est remarquablement traduit. Il est très documenté et laisse augurer une série Initial DD très prometteuses aux Editions de l’Echiquier. Je regrette seulement l’absence d’un index.

Au-delà de ce livre, qui plaide en faveur du partage de la planète, un site Internet est aussi en ligne afin de faire part des observations effectuées dans la nature, en open source. http://www.asknature.org/

Il s’agit d’éviter que certains industriels mettent la main sur des techniques développées par des animaux, des plantes ou des écosystèmes. Soit des millénaires de R&D, qui sont un bien commun à imiter et à préserver. Gare à la biopiraterie.

Conférence Biomimétisme - Partie IV - Inspiré par les Ecosystèmes (Fondation Cousteau)



Pour aller plus loin :

Biomimétisme Quand la nature inspire des innovations durables Janine M. Benyus Collection Initial(e)s DD

genre : Essai
prix : 23 euros
format : 150 x 200 mm
nombre de pages : 400 pages
date de parution : 4 mai 2011
EAN : 9782917770238
ISBN : 978-2-917770-23-8



Sommaire

CHAPITRE 1 IMITER LA NATURE Pourquoi le biomimétisme, aujourd’hui ?

CHAPITRE 2 COMMENT ALLONS-NOUS NOUS NOURRIR   ? L’agriculture adaptée à la terre :cultiver la nourriture selon le modèle de la prairie

CHAPITRE 3 COMMENT ALLONS-NOUS PRODUIRE DE L’ÉNERGIE   ? De la lumière à la vie : recueillir l’énergie à la manière d’une feuille

CHAPITRE 4 COMMENT FABRIQUER NOS MATÉRIAUX ? Adapter la forme à la fonction : tisser des fibres à la manière d’une araignée

CHAPITRE 5 COMMENT POUVONS-NOUS NOUS SOIGNER  ? Des experts parmi nous : trouver des remèdes, à la manière des chimpanzés

CHAPITRE 6 COMMENT STOCKER NOS CONNAISSANCES ? La danse des molécules : calculer à la manière d’une cellule

CHAPITRE 7 COMMENT ALLONS-NOUS FAIRE DES AFFAIRES ? Fonctionner en circuit fermé : gérer une entreprise à la manière d’une forêt de séquoias

CHAPITRE 8 ET APRÈS, OU IRONS-NOUS ? Que l’émerveillement ne cesse jamais : pour un avenir biomimétique

La collection « Initial(e)s DD »


Biomimétisme est le premier ouvrage de la collection « Initial(e)s DD », dont l’ambition est de mettre à disposition d'un public francophone les livres de ceux et celles qui inventent ou ont inventé le développement durable.

Pour identifier ces livres fondateurs, Rue de l'échiquier bénéficie de l'expertise de Bruno Lhoste, directeur de collection. Diplômé en énergétique, Bruno Lhoste est directeur général d'Inddigo, société de conseil et d'ingénierie en développement durable. Il garantit à « Initial(e)s DD » la réalisation d'un objectif : faire progresser l’intelligence collective, ce bien commun indispensable au développement durable.



http://www.inddigo.com/

Site personnel de l’auteur :
http://www.janinebenyus.com/

Site d’infos :

The Biomimicry Institute
is a not-for-profit organization that promotes the study and imitation of nature’s remarkably efficient designs, bringing together scientists, engineers, architects and innovators who can use those models to create sustainable technologies. The Biomimicry Institute offers short-term workshops and two-year certificate courses in biomimicry for professionals, and helps to develop and share biomimicry-related curricula used in a range of educational venues, from K-12 classrooms to universities, as well as in non-formal settings such as zoos and museums. The Biomimicry Institute does not conduct its own research; rather, it serves as a clearinghouse and resource for those who do.
http://biomimicryinstitute.org/

Un Blog très riche: Le blog des tendances design, technologies, architecture, web
http://alltrends.over-blog.net/

21 juin 2011.Tarkett, leader mondial des revêtements de sols et de surfaces Sportives, a obtenu la certification Cradle to Cradle® (niveau argent) pour sa gamme de produits linoléum. Et signe un partenariat avec l’institut allemand de recherche scientifique EPEA (Environmental Protection and Encouragement Agency)
http://www.tarkett.com/group/sites/default/files/Lino%20C2C%20certification_FR_v3.pdf

Photo de Janine prise en conférence de presse/blogueurs dans les locaux de MateriO. Centre indépendant d’informations sur les matériaux innovants, MateriO inscrit sa démarche dans celle du biomimétisme et figure parmi les lieux incontournables pour les designers, créateurs, artistes, industriels qui s’intéressent à l’éco-conception.
http://www.materio.com/





jeudi 7 juillet 2011

Les origines de l’ISR sont le fruit d’un long combat





















Les origines de l’investissement socialement responsable (ISR) reflètent l’importance des communautés religieuses, une influence qui existe encore pour les adeptes de l’exclusion des sin stocks. Elles reflètent aussi l’histoire de grands mouvements sociaux et les difficultés de participer aux débats, les promoteurs du changement ayant souvent été considérés comme des marginaux et des agitateurs.
Ce premier chapitre part de communautés religieuses anglo-saxonnes pour s’arrêter au milieu des années 1970. De nombreuses vidéos apportent des images intéressantes et des informations complémentaires.


• 1703 : Naissance de John Wesley (en portrait ci-dessus), fondateur de l’Eglise méthodiste. Il condamne l’accumulation de richesses résultant de certaines activités qualifiées de malsaines. Pour lui, l’utilisation de l’argent à des fins éthiques constituait un pilier du Nouveau Testament. Il s’est souvent attiré la moquerie de ses contemporains par ce qu’il refusait de porter une perruque. Dans son sermon, “The use of money”, John Wesley, qui soutient les organisations de tempérance, dénonce les dangers de l’alcool et initie les paramètres de l’investissement social. L’investisseur doit éviter que le business puisse nuire au voisinage, à la communauté ou à l’environnement
La dernière lettre qu'il eut la force d'écrire le 24 février 1791, une semaine avant sa mort, fut un message d'encouragement pour le combat de son ami et fils spirituel William Wilberforce (1759-1833), philanthrope et membre du Parlement britannique vigoureusement engagé sur le plan politique pour l'abolition de l'esclavage. Cinq mois avant sa mort également, Wesley écrivit son dernier sermon rédigé : « Le Danger d'accroître ses richesses »:

"Employons notre âme, notre corps, nos biens, selon la volonté du Maître. Après avoir gagné et économisé tout ce que vous pouvez, ne dépensez pas une livre sterling, pas un penny, pour satisfaire ce qui ne sert ni ne glorifie Dieu. Donnez tout que vous pouvez (...) Quand vous l'aurez fait, vous pourrez dire : je puis maintenant mourir en paix."

• Dès le XVIIème siècle, les Quakers se distinguent de leurs contemporains par une vie ascétique. Les membres très industrieux de cette communauté protestante, née en Angleterre, se sont retrouvés au XIXème siècle à la tête des principales industries du pays : Barclays (ex Backhouse’s Bank), Lloyds, Price Waterhouse, Cadbury, Fry’s and Rowntree. Selon un ouvrage paru aux Editions Eyrolles, « cohérents avec leurs principes et leur foi jusque dans les moindres détails de leur vie quotidienne, ils développèrent un réel savoir-faire dans la production de biens de première nécessité et portèrent une attention particulière à l’apprentissage ainsi qu’à la sécurité et l’hygiène au travail, notamment dans l’industrie chimique. » Ils réinvestissent toutes leurs richesses dans leur outil de travail.
Une fois installés à Philadelphie, ils refusèrent systématiquement de profiter de l’industrie de la guerre, une thématique qui allait marquer l’histoire de la finance éthique. En 1758, au Quaker Philadelphia Yearly Meeting, ils renoncèrent au commerce d’êtres humains bien avant l’abolition de l’esclavage, qui ne date que de 1865. http://youtu.be/aFApeJIUTiY

En Angleterre, William Penn a été emprisonné plusieurs fois, et l'accès au Parlement fut interdit aux quakers de 1698 à 1833. Exclus des débats et des carrières politiques en raison de leur religion, les Quakers consacrèrent leur fortune à promouvoir les changements sociaux, comme l’amélioration des conditions de vie en prison, l’éducation et la salubrité du développement urbain. Outre l’exclusion des activités humaines pécheresses, pour les Quakers, il s’agissait d’être cohérent : l’intégrité de leurs investissements devait d’être le reflet de leur discipline personnelle.

• Au XIXème, des trusts émergent comme ATT ou US Steel. Ces titans, possédés par les Barons voleurs, bousculent les règles du jeu social à leur unique profit. Certains observateurs de cette époque évoquent la cruauté des rapports sociaux, du fait du pouvoir quasi illimité que ces géants des affaires concentrent entre leurs mains. Leurs excès vont susciter des réactions.

• Sous l’impulsion de Théodore Roosevelt, président de 1901 à 1909, les Etats-Unis s’engagent dans une vague de réformes sociales. Les historiens ont baptisé cette période qui va de 1890 à 1917 « Age of Reform».



• En 1902, le Biologics Control Act entre en vigueur après des cas de diphtérie liée à des antitoxines, collectées chez un cheval dénommé Jim, qui avait contracté le tétanos, provoquant plusieurs décès.

• Ida Minerva Tarbell, née en 1857 et morte en 1944 est une pédagogue, femme de lettres et journaliste d’enquête américaine (muckrakers). Elle devint célèbre grâce à un ouvrage paru en 1904, L’Histoire de la Standard Oil Company. Selon Wikipedia, cet ouvrage figurait encore au cinquième rang en 1999 dans la liste publiée par le New York Times des cent ouvrages les plus marquants du journalisme du XXème siècle.

• 1904: Dans « Die protestantische Ethik und der Geist des Kapitalismus" (L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme), Max Weber voit d’un œil positif l’éthique protestante, qui favorise l’essor du capitalisme moderne. Elle facilite selon lui l’essor des entreprises ainsi que le développement harmonieux de la communauté dans son ensemble.

• En juin 1906, le président Théodore Roosevelt signe la Food and Drug Act, également appelée "Wiley Act". Cette loi répond aux inquiétudes de l'opinion publique. Il s’agissait avec ce type de réformes de réguler l’essor des entreprises géantes issues de la révolution industrielle (acier, automobile, mines, rail) et de protéger la société. Cette décision s’inscrit dans la foulée du journalisme d’investigation de l’ère progressiste, avec des reporters comme Upton Sinclair, qui a débouché sur un nombre croissant de mesures de régulations fédérales.

• Le 4 décembre 1908, le Federal Council of Churches, Conseil fédéral des églises, adopte le Social Creed for Churches, le credo social des églises, comme la réglementation des conditions de travail des femmes, dans le but de sauvegarder la santé physique et morale de la communauté ; un salaire minimum décent dans toutes les industries, et pour le salaire le plus élevé possible ; le principe de conciliation et d’arbitrage dans les conflits dans l’industrie ; un partage des produits et des profits industriels aussi équitable que possible.


Toward a NEW Social Awakening, The Social Creed - Presbyterian Church USA, Advisory Committee on Social Witness Policy from Patrick Heery on Vimeo.


• 1919 : les États signataires du Traité de Versailles créent l'Organisation internationale du Travail (OIT). Elle recevra le Prix Nobel de la Paix en 1969.



• Le premier fonds socialement responsable, nommé Pionner Fund, a été lancé en 1928 par l’église évangéliste d’Amérique et refusait d’investir dans des « sin stocks » (alcool, tabac, jeu et pornographie).

• 24 Octobre 1929 : Jeudi Noir à Wall Street, suivi de la Grande Dépression.

• 1946 : Le préambule de la Constitution française pose le principe de l'égalité des droits entre hommes et femmes.

• Dès 1948, James Peck acquit des actions de la compagnie de transport Greyhound afin de débattre de la question de la ségrégation dans les autobus du sud des Etats-Unis. A la même époque, Wilma Soss, fondatrice de « Federation of Women Shareholders” pointait du doigt la représentation des femmes dans le conseil d’administration d’US Steel.

• Le concept de RSE serait apparu dans les années 1960 dans la littérature consacrée aux entreprises (Social Responsabilities of the Businessman de H. Bowen en 1953, et The Responsible Corporation par G Goyder en 1961)

• Après les émeutes du ghetto noir de Rochester dans l’État de New York, qui causèrent plusieurs morts et virent l’intervention de la Garde Nationale, la firme américaine Eastman Kodak, principal employeur local, a été attaquée en 1965 sur sa politique d’embauche discriminatoire par Freedom Integration God Honor Today (FIGHT).
Ce mouvement a été animé par le sociologue Saul Alinsky, pionnier du métier d’animateur social. En 1964, à l’origine des amis de FIGHT se trouvait également un groupe de réflexion initié par le révérend Paul Long de la Third Presbyterian Church.
Le biographe Sanford Horwitt a écrit que le Président Barack Obama avait marché dans ses traces. En 1969, Alinsky fut récompense de la Pacem in Terris Peace and Freedom Award, un Prix inspire d’une Encyclique de Jean XXIII.

• Modification réglementaires contre la discrimination aux Etats-Unis: Civil Rights Act en 1964 et Voting Rights Acts en 1965.

• Face aux besoins des communautés les plus démunies et dans la mouvance des Droits Civiques aux États-Unis, l’église Presbyterian a décidé en 1968 d’orienter 30 % de ses investissements vers des projets appelés community-investment projects qualifiés pourtant de « risques élevés et faibles retours ».


• En 1969, Ralph Nader mobilise les consommateurs. Il attaque General Motors sur la sécurité de ses produits. A la suite de diverses péripéties, les autorités boursières de la SEC donne leur accord pour inscrire deux des neuf résolutions demandées par Nader pour le scrutin de l’assemblée générale d’actionnaires. Les préoccupations de Nader concernaient notamment les opportunités d’embauche des minorités, leur représentation au conseil d’Administration et le droit des consommateurs.

• Les églises et autres groupes religieux reconnaissent l’importance de l’action de Nader et fondent l’Interfaith Center on Corporate Responsability, Centre œcuménique sur la responsabilité des entreprises (ICCR). Depuis cette date, l’IRRC n’a cessé de déposer des cascades de résolutions aux assemblées générales. Leur action a été décisive pour le retrait des investisseurs américains d’Afrique du Sud. Depuis lors, le Centre se préoccupe aussi de la protection de l’environnement (principes du CERES).




• En 1969, Alice Tepper Marlin, analyste financière à Boston, fonde le Council on Economic Priorities (CEP) qui fournit aux investisseurs une information détaillée à propos de la performance sociale des entreprises. Elle compile de multiples informations pour bâtir un « Peace Portfolio ».
En 1997, Alice Tepper Marlib et le CEP fonderont l’organisation non lucrative Social Accountability International (SAI), qui a contribué à la définition de la norme SA8000, à la lutte contre la corruption et à l’amélioration des conditions de travail dans la filière textile.



• Mai 1969 : Mémoire d'Hillary Clinton sur "le modèle Alinsky"

• Fin des années 60 : premières résolutions aux Etats-Unis par des groupes religieux et des organisations étudiantes contre la guerre du Vietnam, puis contre l’apartheid.

Milton Friedman publie un article critique “The Social Responsibility of Business is to Increase its Profits” dans le NewYork Times Magazine du 13 septembre 1970. Pour lui, dans un système de libre entreprise et de propriété privée, le chef d’entreprise est l’employé de ses actionnaires. Sa responsabilité est de gérer la firme selon le souhait de ceux-ci, c’est-à-dire de gagner le plus d’argent possible tout en se conformant aux règles de base de la société, inscrites dans la loi ou les usages courants en matière éthique. Quand, animées par un élan de bienveillance, les entreprises tentent d’assumer des responsabilités supplémentaires, il en résulte en général selon Milton Friedman plus de mal que de bien. Il qualifie de socialiste le concept de responsabilité sociale de l’entreprise (RSE).



• Décembre 1970 : création de l’EPA (United States Environmental Protection Agency). Cette création avait été précédée le 22 avril par le premier Earth Day (vidéo) : http://youtu.be/5v_2nTvAcSU



• En 1971, The US Episcopal Church dépose une résolution à l’AG de General Motors. Deux ans plus tard, c’est la création de l’Interfaith Center on Corporate Responsibility (ICCR), qui comprend 300 fonds protestants, catholiques et juifs, représentant 100 milliards de dollars d’actifs sous gestion. http://www.iccr.org/

• Le révérend baptiste Sullivan, ardent défenseur de l’embauche des Afro-Américains et pourfendeur de l’Apartheid, est élu au conseil d’administration de General Motors en 1971. Une première dans une multinationale aussi importante.



• Le premier véritable mutual fund socialement responsable est le Pax Fund, créé en 1971. Accessible aux investisseurs particuliers, ce fonds refusait d’investir à l’origine dans les entreprises liées à l’armement (guerre du Vietnam). Un autre filtre suivra en excluant les valeurs liées à l’Afrique du Sud.

• 1972 : Le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) est créé à l’issue de la Conférence des Nations Unies sur l’environnement humain

• 1973 : Adoption de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES, Convention on International Trade in Endangered Species of Wild Fauna and Flora)

• 1973 : La ShoreBank installe son siège social in South Shore dans la banlieue de Chicago.
Plus tard, en 1992, Bill Clinton donnera un coup d’accélérateur aux banques de proximité Community Development Financial Institutions, qui lutte contre les inégalités. Ces institutions permettent aux investisseurs d’employer leur argent de manière positive. Une loi fédérale est votée en juillet 1993 qui donnera ensuite naissance au Community Development Financial Institutions Fund,

• 1976 : Année de l’adoption initiale des Principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales (les Principes directeurs) dans le cadre de la Déclaration sur l’investissement international et les entreprises multinationales.

Lire la suite de cette chronologie :

Partie 2/3 :
1970- 2006 : L’investissement socialement responsable (ISR) se structure


Partie 3/3 : 
Des Principes pour l'Investissement Responsable (2006) à Fukushima
 


Pour aller plus loin :
Un chapitre d’un livre, qui présente une bonne synthèse
http://www.editions-eyrolles.com/Chapitres/9782708125773/chap1.pdf?xd=6c32fe934fc8da98e4f3d6b7dd69867b
The Use of Money By John Wesley Sermon 50
http://new.gbgm-umc.org/umhistory/wesley/sermons/50/

Quakers and the Underground Railroad
http://www.suite101.com/content/quakers-and-the-underground-railroad-a91406

Mémoire d'Hillary Clinton sur "le modèle Alinsky" 05.1969
http://www.desirsdavenir.org/les-fiches-de-lecture/etats-unis-damerique/981-memoire-dhillary-clinton-sur-qle-modele-alinskyq.html

« L’engagement actionnarial : principes, enjeux et limites ». Vanessa Serret. Maître de conférences, Université de Bretagne Sud. Disponible sur
http://www.lux-ias.lu/PDF/Serret.pdf.

Livre : Investing with your conscience: how to achieve high returns using socially ...Par John C. Harrington. Voir un extrait.
http://books.google.fr/books?id=JzcfaIbbEQ4C&pg=PA6&lpg=PA6&dq=%22presbyterian+church%22+%22Freedom+Integration+God+Honor+Today%22&source=bl&ots=ScP4Drjb4Z&sig=7pRyfR5FHDk_7qs4H4ZA6sjZJO8&hl=fr&ei=FqMETp21DMej8QO5sK3jDQ&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=1&ved=0CCsQ6AEwAA#v=onepage&q=%22presbyterian%20church%22%20%22Freedom%20Integration%20God%20Honor%20Today%22&f=false
Eric Loiselet, associé du cabinet Terra Nova Conseil et cofondateur du Forum pour l'investissement responsable. « Investissement socialement responsable : l'âge de la diffusion »
http://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=LECO_018_0062